ACTUALITÉS

7 février 2023

L’arbre qui cache la forêt…

D’un côté, on observe en 2022 dans la grande distribution une baisse des ventes des vins certifiés bio. Conséquence quasi mécanique, le marché du vrac du vin bio s’est effondré. Précisons qu’en 2022, le prix moyen d’une bouteille de vin bio en grande surface était de 5,85 €, quand celui d’un vin en viticulture conventionnelle était de 3,79 € (données Nielsen).
De l’autre côté, le salon professionnel Millésime Bio, qui vient de fermer ses portes à Montpellier, a connu une fréquentation en hausse de 32% par rapport à l’édition 2022, retrouvant même un niveau d’entrées supérieur d’avant la pandémie. 10 300 entrées dont 20% issues de l’international avec plus de 50 pays venus re(découvrir) notre production bio auprès des 1 472 exposants français plus quelques autres d’Espagne, d’Italie et du Portugal.
Autant dire que les vignerons présents à Millésime Bio ne s’attardent guère sur les méventes affichées dans la grande distribution. Car ce circuit reste tout à fait minoritaire depuis que les vins bio existent.
À leur début, la grande distribution et pas mal de revendeurs les ont souverainement ignorés voire méprisés, en les rangeant dans la catégorie des vins de « soixante-huitards » marginaux, certes bio mais mal faits et pas bons (ce qui n’était pas forcément faux d’ailleurs…). Donc très vite, les vignerons bio ont développé leur propre réseau de distribution en ciblant exclusivement la vente directe, les réseaux traditionnels de cavistes et de restaurants ainsi que l’international. Au fil des décennies, les vins bio ont trouvé leur public car ils se sont considérablement améliorés et développés, et encouragés aussi à la fois par de nouvelles demandes de consommation et par l’arrivée de grands noms du vin passés eux aussi à la viticulture bio et biodynamique. De quoi intéresser plus sérieusement la grande distribution qui voyait enfin dans le vin bio une nouvelle source de rentabilité à travers une nouvelle offre bon marché.
Aujourd’hui, les vins bios restent plus que jamais dans ces circuits privilégiés où ils font carton plein. À l’heure où des esprits chagrins (principalement ceux des gros metteurs en marché et des gros volumes) se plaisent à distiller un discours selon lequel le marché des vins bio serait dans sa phase de décroissance et subirait un désamour des consommateurs, il faudrait peut-être tout simplement se poser la bonne question : à qui la faute, au vin bio ou à ceux qui l’ont tiré vers le bas ? C’est bien l’arbre du vin bio en grande distribution qui va mal et qui cache la forêt du vin bio ailleurs qui va bien, et même très bien.

 

2 février 2023

Plus d’Unesco à Dijon ?

Les Bourguignons ne comprennent pas pourquoi l’Unesco a annoncé début janvier sa volonté de retirer son habilitation à la chaire « Culture et Traditions du Vin » de l’Université de Bourgogne à Dijon, labellisation qu’elle détenait depuis 2007. Pour mémoire, rappelons que les Climats de Bourgogne sont inscrits depuis 2015 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, à l’instar des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne et de la juridiction de Saint-Émilion.
La mauvaise nouvelle passe difficilement au moment où Dijon a lancé une Cité de la Gastronomie et accueille le siège de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). Auxquels il faut ajouter en 2023 l’ouverture des trois Cités des Climats et Vins de Bourgogne, respectivement à Beaune, Chablis et Mâcon.
Pour l’heure, l’Unesco, par l’intermédiaire de ses instances françaises, reste muette face aux demandes de justification de cette décision.
Parmi les hypothèses avancées, on évoque un enseignement insuffisamment qualitatif ou encore le fait de mettre moins en lumière un produit – fût-il hautement patrimonial – dans le viseur de bien des hygiénistes ; et pourquoi pas aussi sous le lobby d’autres régions viticoles soucieuses de récupérer la précieuse qualification ; en somme, déshabiller l’une pour habiller l’autre…
Pour l’heure, la chaire dijonnaise « Culture et Traditions du Vin », forte de ses financements préservés pour 2023, assurera son programme et maintiendra ses événements. D’ici là, espérons que l’Unesco aura motivé le pourquoi de son retrait.

31 janvier 2023

VIGNOBLES INFOS 63, HIVER 2023

Grandes et petites AOP, tour à tour modèles

HISTOIRE : une construction venue de loin
Une hiérarchie par l’Histoire

 

POINT DE VUE : des modèles, l’une pour l’autreDes influences pour le meilleur

 

SÉLECTION : des sœurs presque jumellesPomerol et Lalande-de-Pomerol

27 janvier 2023

Point trop n’en faut…

En 2006, la Région Occitanie créait la marque « Sud de France » destinée à identifier sous une même bannière les produits agro-alimentaires de la région, dont le vin. Cette marque a été fondée sur ce postulat que son apposition sur les étiquettes serait à la fois un gage d’origine et de qualité et boosterait la commercialisation en France comme à l’international.
Mais voilà que le 25 juillet dernier, le Préfet de Région annonçait par courrier son souhait d’interdire l’utilisation de la marque « Sud de France »  sur les étiquettes de vins pour ce motif juridique selon lequel « la dénomination “Sud de France” ne correspond pas à une zone géographique au sens règlementaire ». Continuer d’utiliser la marque exposerait donc les vignerons à des amendes et des blocages pour l’exportation de leurs vins.
Suite aux très vives réactions de la filière viticole et à l’intervention de certaines figures de la profession, une période de réflexion avait été actée jusqu’au millésime 2023. En espérant qu’à son issue, une solution acceptable pour toutes les parties serait trouvée.
Mais un sénateur de l’Aude, Sébastien Pla, a demandé un moratoire sur le cadre règlementaire de cet étiquetage. 
Car actuellement, la marque « Sud de France » peut figurer sur toutes les étiquettes, quelles que soient la catégorie des vins : AOP, IGP et IG.
Or, comme l’a précisé le ministère de l’Agriculture, conformément à l’article 55 du règlement européen n° 2019/33 dédié aux Indications Géographiques (IG) : « l’utilisation d’une mention géographique [est réservée] aux seules étiquettes des vins bénéficiant d’une Appellation d’Origine Protégée (AOP) ou d’une Indication Géographique Protégée (IGP) dont le cahier des charges prévoit la référence spécifique à une unité géographique plus grande que celle de l’AOP ou de l’IGP ». Et le ministère d’enfoncer le clou en ajoutant que « la dénomination “Sud de France” ne correspond pas à une unité géographique au sens du règlement précité.  Il n’est donc pas possible de l’intégrer dans les cahiers des charges des AOP ou IGP concernées, ni de la faire figurer par conséquent sur l’étiquetage de bouteilles de vin. »
Certes, il est possible d’entendre la réaction de professionnels qui se servent depuis 16 ans de cette marque ombrelle comme support de communication et de promotion de leurs vins.
Mais une autre interrogation se dessine dans ce « conflit d’intérêt » : si la mention « Sud de France » peut s’avérer utile sur une étiquette IG en ajoutant un supplément d’information, l’étiquette d’un vin en AOP ou en IGP a-t-elle vraiment besoin d’une nouvelle mention pour asseoir sa notoriété ?
Les mentions légales, obligatoires et facultatives, ne sont-elles pas déjà suffisantes ? Que va finir par comprendre le consommateur dans cette surenchère de précisions avec des étiquettes de plus en plus difficiles à déchiffrer ? En exagérant à peine, « Sud de France » serait donc la mention qui balayerait toutes les autres, histoire que le consommateur achète plus vite… mais alors pourquoi garder les autres mentions… ! 
Dans notre prochain Vignobles Infos à paraître très bientôt, nous aborderons justement cette question des AOP, petites et grandes, et ce qui les distingue des autres vins IGP ou IG. Et surtout, ce qu’il faut entendre derrière la notion d’origine dans la perception de la qualité…

 

24 janvier 2023

Marques VS vignerons

Tous les cavistes indépendants le disent ou presque : les marques – Bollinger, Billecart-Salmon, Deutz, Ruinart etc, les ont délaissés pour les fêtes de fin d’année. Pour se justifier, les Maisons ont invoqué des commandes empêchées par des ruptures de bouteilles, bouchons, coiffes, packaging… Question volumes, la Champagne a enregistré une trilogie exceptionnelle avec les récoltes 2018, 2019, 2020. 2021, en revanche, a été historiquement la plus basse depuis plus de 35 ans. Mais la Champagne, à la différence de toutes les autres régions, dispose de vins de réserve pour chaque millésime que les producteurs peuvent assembler dans leurs cuvées, notamment celle nommée « BSA »  pour brut sans année, cuvées fer de lance de toutes les maisons : elles se nomment Deutz Classic, Roederer Brut Premier, Ruinart Brut, Bollinger Spécial Cuvée, Billecart-Salmon Brut Réserve, etc.
Ce qui est sans doute beaucoup plus juste dans cette histoire de « vraie-fausse » pénurie, c’est que les marques privilégient, et de loin, les marchés à l’export, beaucoup plus porteurs et rémunérateurs. Ceci expliquant cela, les prix des champagnes de marques connaissent actuellement des augmentations hors de propos. Et ce début janvier, les Maisons ont encore annoncé une nouvelle hausse de 10 à 15%.
Actuellement, un Ruinart Brut coûte environ 35€ la bouteille, pour un Deutz Classic, un Roederer Brut Premier ou un Billecart-Salmon Brut Réserve, il faut compter presque 50€ la bouteille ; pour un Bollinger Spécial Cuvée, le prix dépasse 50€.
Pour des cavistes franchisés – type Nicolas et alimentés par une centrale d’achat façon grande distribution – la clientèle reste attachée à une marque et n’en veut pas d’autre. Ils sont donc tributaires du bon vouloir des Maisons.
Pour des cavistes indépendants, il en va tout autrement. Fin décembre, un caviste parisien qui souhaite rester anonyme, nous déclarait : « Pour certaines marques iconiques, mon chiffre d’affaires fin novembre 2022 correspondait à 10% des ventes de 2021, du jamais vu ! Pourtant positionnées à leur place au regard de leur notoriété, personne n’en a voulu. Ou alors, quitte à payer un peu plus cher, des clients aisés ont préféré acheter une cuvée haut de gamme, dont la réputation de la qualité dépasse celle de la marque. Les autres se sont tournés vers des marques certes moins connues mais réputées aussi pour la qualité de leurs cuvées mais moins chères. Mais surtout, jamais les champagnes de vignerons ne se sont aussi bien vendus. Surtout parmi une clientèle jeune CSP+, pour laquelle les valeurs d’authenticité et de respect environnemental sont plus importantes qu’un nom sur une étiquette. »
En France, les champagnes de vignerons, boostés aussi par une communication audacieuse qui désacralise le champagne sans le vulgariser, sont incontestablement les gagnants de cette redistribution des cartes en Champagne. Il faudra juste raison garder sur les prix, qui montent eux aussi…

19 janvier 2023

Un éternel recommencement

L’Histoire de la viticulture (et l’Histoire tout court d’ailleurs) est un éternel recommencement.
Résumons en quelques phrases le cheminement de la viticulture au cours des siècles.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la vigne est une culture inscrite au sein d’une polyculture où un producteur était à la fois viticulteur, maraîcher, arboriculteur et éleveur.
Au XIXe siècle, avec l’arrivée de l’ère industrielle et du progrès technique et social, la vigne devient de plus en plus spécialisée avec la multiplication des plantations et une orientation en quasi monoculture.
Après la ruine du vignoble par le phylloxéra fin XIXe et avec l’arrivée du système des appellations au début du XXe siècle,  on assiste au renouvellement de la France viticole dans un mouvement de production intensive lourdement appuyé par l’État et les instances institutionnelles. Pendant des décennies, ces derniers encouragent une sorte de « pensée unique » d’une agriculture très mécanisée, soutenue par des plantations issues massivement de clones et contrôlée par tout un arsenal de produits phyto-sanitaires issus de l’industrie agro-chimique.
Au XXIe siècle, ce mois de janvier 2023, Jean-Louis Dubourg, président de la Chambre d’agriculture de la Gironde, présente ainsi ses voeux à la viticulture bordelaise en pleine crise du vin en vrac et de l’arrachage de vignes dans certains secteurs peu porteurs économiquement : « Nous croyons beaucoup à la diversification de l’agriculture girondine ». Comme dans d’autres régions, la Chambre d’agriculture propose un accompagnement pour aider les viticulteurs à se lancer dans  « l’arboriculture, l’élevage, les grandes cultures, les champs… ».
À ses côtés, Stéphane Le Bot, vice-président chargé de l’agriculture pour le département de la Gironde, complète : « Il y a un modèle agricole qui aujourd’hui commence a être du passé. Il faut se lancer sur autre chose. Nos anciens disaient qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C’est aujourd’hui pleinement d’actualité, on le voit aujourd’hui avec la crise viticole. »
Retour à la case départ donc… Mais de quels anciens et de quel passé parle-t-on au juste !

Lisez ou de relisez notre dossier « Monoculture aujourd’hui, polyculture demain ? » 

dans Vignobles infos n°57  

13 janvier 2023

Lifting pour Châteauneuf-du-Pape

L’AOP Châteauneuf-du-Pape est née en 1936. Comme logo, les producteurs avaient choisi des symboles forts et traditionnels du vignoble papal : une tiare et des clés. Gravé sur la bouteille, ce dernier a largement contribué à installer l’image des vins en France et dans le monde. Une image qu’aujourd’hui, les vignerons veulent plus moderne tout en conservant bien sûr le même logo. Après plusieurs années de réflexion, l’AOP s’apprête à lancer cette année un logo plus épuré et qui devient surtout le cœur de la communication. En effet, il sera la seule référence visuelle déclinée sur tous les supports promotionnels.
Avec ce rajeunissement d’image, les responsables de l’appellation visent prioritairement une reconquête du marché français, particulièrement sur la tranche d’âge 30-45 ans, la clientèle nationale se situant dans des tranches d’âge plus élevées.

10 janvier 2023

Le vin en bouteilles et en NFT

Rappelons que les NFT sont des « jetons non fongibles ». Pour le dire simplement, un NFT est un certificat d’authenticité stocké de façon immuable sur la blockchain. Le monde de l’art a déjà commencé à recourir à cette nouvelle technologie, en vendant par exemple des images en NFT : au certificat d’authenticité numérique est rattaché le fichier numérique de l’œuvre.
Pour le monde du vin, ce sont des étrangers qui ont lancé les premiers des plateformes de NFT dédiées exclusivement aux grands vins, comme par exemple WiV ou Clubdvin. Winechain, qui vient d’être lancée par 3 Français : Xavier Garambois, avec une longue expérience du e-commerce chez Amazon Europe ; Guillaume Jourdan, de l’agence de marketing du vin VitaBella ; et Nicolas Mendiharat, directeur général de Palate Club à San Francisco.
Dans le magazine Terre de Vins, Xavier Garambois explique la démarche de WineChain : « Associer un vin à un NFT, c’est la garantie pour le domaine de pouvoir suivre sa vie de A à Z, même s’il est revendu un nombre incalculable de fois. Le producteur est ainsi au contact de ses clients de façon ininterrompue et a accès à une impressionnante chaîne de données, avec ce que cela implique comme possibilités d’exploitation – fidélisation, événementiel… Cela permet aussi aux domaines de contrôler les royalties sur la spéculation autour de leurs vins, ce qui n’est pratiquement pas le cas aujourd’hui. Voire, si un domaine ne souhaite pas que son vin devienne trop spéculatif, d’imposer des royalties extrêmement élevées : chacun peut conduire sa stratégie. L’autre point fort de WineChain est de construire une structure logistique qui gèrera le stockage et la distribution physique des vins. Les caisses resteront donc en un seul lieu jusqu’à ce que le NFT soit, un jour, échangé contre leur contrepartie physique. C’est une garantie de traçabilité mais surtout de qualité de conservation des vins, qui n’auront pas fait dix fois le tour du monde ».
À peine lancé, WineChain a levé 6 millions d’euros auprès de grands propriétaires. Parmi eux, la famille Rouzaud des Champagne Roederer et Château Pichon-Comtesse, la famille Reybier du Château Cos d’Estournel, la famille Perrin des Château de Beaucastel et Miraval.
Il se murmure déjà que des négociants bordelais lanceraient en avril prochain leurs premières ventes NFT de vins primeurs.

6 janvier 2023

Perdre l’âme du vin ?

Après en avoir détenu une participation minoritaire en 2022, Artemis Domaines, la holding familial de la famille Pinault, devient donc l’unique actionnaire du Champagne Jacquesson. Il n’aura pas fallu beaucoup de temps à François Pinault pour avaler cette pépite champenoise.
Anciens propriétaires, les deux frères Chiquet, Jean-Laurent et Jean-Hervé, menaient depuis 1974 un travail de précision hors-pair qui a donné les cuvées de champagnes parmi les plus recherchées des amateurs et des professionnels.
La fameuse série des « 700 », qui signe depuis 1999 les étiquettes du vin signature de la Maison, a incontestablement contribué à modifier la perception du champagne en authentique vin fait par des vignerons.
La toute première s’appelait Cuvée n°728, correspondant au 728e cahier de tirage du vin, le n°1 correspondant à la cuvée du premier centenaire de la Maison en 1898. Actuellement, on trouve la Cuvée n°744. Les « 700 » brisaient la tradition du BSA ou Brut Sans Année, première cuvée dans une gamme champenoise tenue de livrer chaque année un vin au style monolithique afin de rassurer le consommateur.
Avec les « 700 », les Chiquet ont d’abord cherché à produire un vin qui serait chaque année le meilleur possible pour son millésime. D’où chaque année, une cuvée issue de cépages, de parcelles et de terroirs différents.
Nouveau coup de maître pour Artemis Domaines. En France, elle possède déjà dans son portefeuille : à Bordeaux, Château Latour, premier grand cru classé 1855 Pauillac ; en Bourgogne,  Clos de Tart à Morey-Saint-Denis, domaine d’Eugénie à Vosne-Romanée, Bouchard Père & Fils à Beaune, William Fèvre à Chablis ; dans le Rhône, Château Grillet ; en Champagne, Henriot à Reims et donc Jacquesson à Dizy.
Hormis Château Grillet, qui n’était plus que l’ombre de lui-même, tous les autres domaines et Maisons portaient déjà au plus haut la qualité et la notoriété des vins par une viticulture et une vinification très soignées.
Un constat reconnu dans la presse par Frédéric Engerer pour cette dernière acquisition : « Par son travail, la famille Chiquet a su faire de la Maison Jacquesson un incontournable de la Champagne, reconnue par les amateurs du monde entier et saluée par les plus grands critiques ». Le directeur d’Artémis Domaines ajoute : « Son positionnement d’excellence et le tempérament vigneron de ses vins résonnent parfaitement avec les valeurs et les savoir-faire d’Artémis Domaines. Après une période de transmission des savoirs pendant l’année 2022, nous sommes très honorés de pouvoir prendre la relève».
Pour quelle raison les frères Chiquet ont-ils vendu ? Lassitude, pas d’héritier(s), droits de succession exorbitants, opportunité financière… ? Bien sûr, c’était leur droit le plus strict et la question ici n’est pas de porter un jugement sur le pourquoi du comment de cette cession. La question ici est plutôt de se demander de quelle relève parle Frédéric Engerer derrière le beau discours de la transmission des savoir-faire (en une année seulement…) ?  La holding dispose de gros moyens pour augmenter encore la qualité des champagnes Jacquesson. Pour atteindre la perfection technique d’un vin plus que parfait ? Mais ce vin existe-t-il ? L’amateur en a-t-il d’ailleurs envie ?
La question est de savoir si les vins garderont la même grandeur d’âme vigneronne qui les pétrissait depuis 1974 ?

3 janvier 2023

(R)évolution ?

Aujourd’hui, de plus en plus de consommateurs et de professionnels sont attentifs à la notion de durable qui intègre, entre autres, une production agro-alimentaire locale et régionale englobant elle-même des entreprises de proximité pour tout ce qui concerne logistique, transports et emballages.
Même s’il ne s’agit aujourd’hui que de balbutiements, des initiatives voient ainsi le jour dans le monde du vin. Par exemple en Champagne, Fabrice Pouillon, du domaine R.Pouillon et Fils, a choisi pour ses nouveaux packaging l’entreprise MD Packaging avec un carton 100% recyclable et recyclé, sans ruban adhésif et réutilisable.
Autre exemple en Languedoc, Bertrand Gourdou, du Château Guilhem, cherche depuis longtemps comment restreindre l’impact environnemental de son domaine. Actuellement, 80% de ses bouteilles ont un packaging « 100 % local, conçu avec des matériaux entièrement recyclés et recyclables, et en collaboration exclusive avec des entreprises situées dans un rayon de 100 kilomètres autour de l’exploitation ». Une grande partie de sa gamme affiche désormais un habillage unique contre 12 différents auparavant, soit un par cuvée. Cartons, étiquettes, bouteilles, bouchons : tout est recyclé et recyclable  et disponible dans ce rayon souhaité.
Même s’il est encore difficile d’avoir des chiffres précis, d’autres vignerons repensent ainsi leur organisation. En plus d’agir sur l’environnement, tous soulignent les atouts de cette nouvelle approche : proximité, relationnel, efficacité et qualité. Selon eux, l’aspect économique est loin d’être négligeable non plus, au vu de l’augmentation des prix des matières sèches et du transport.
Enfin, la plupart de ces vigneron sont en culture biologique, avec ou sans label. Cette démarche éco-responsable, si elle impacte légèrement le prix des bouteilles, est donc parfaitement comprise par les acheteurs professionnels et acceptée par les consommateurs.