ACTUALITÉS

30 novembre 2021

Si Rieussec ose, alors c’est tout Bordeaux qui pourrait bouger…

À l’heure où les vins de Sauternes souffrent injustement d’un désamour des consommateurs, le château Rieussec, Premier Grand Cru Classé de Sauternes, innove avec une bouteille résolument différente. Sa forme est plus large, rappelant celle des anciennes bouteilles bordelaises ; elle porte un deuxième bouchon justifié ainsi par le directeur de l’exploitation, Jean de Roquefeuil : « Le vin n’a pas changé, il y a un bouchon de garde classique pour conserver 50 à 100 ans notre premier vin, mais nous ajoutons un deuxième bouchon pour permettre aux consommateurs de reboucher facilement leur bouteille ouverte après un repas et pouvoir se resservir du vin pour un apéro » ; la teinte plus claire de la bouteille correspond au fait d’utiliser 100% de verre recylé ; une étiquette colorée et très stylisée achève de réancrer ce grand sauternes dans notre époque. Confiant lui-même être traditionnaliste, Jean de Roquefeuil n’aurait « jamais osé aller si loin », c’est donc l’agence suisse Big Game qui a eu carte blanche pour apporter un nouveau regard et un nouveau positionnement du Grand Cru Classé. Les autres vins de la propriété devraient évoluer dans la même veine contemporaine.
Le classicisme est le socle du vignoble de Bordeaux, bien campé sur des codes de traditions, de valeurs et de pérennité. Mais à ne pas vouloir sortir du cadre, l’image de Bordeaux s’est figée, éloignant beaucoup de consommateurs qui jugent les vins inaccessibles et déconnectés de leur environnement sociétal.
En revitalisant les règles, en respectant le cadre tout en innovant, le château Rieussec affiche un classicisme éclairé, c’est un formidable atout pour durer et pour l’excellence. Dans l’univers de la mode, toutes les grandes marques l’ont compris depuis longtemps. Elles n’ont pas hésité à casser les codes avec audace pour se renouveler sans renier leur âme. Et Bordeaux est une grande et belle marque…

18 novembre 2021

Avec Pix Wine, le vin serait sous son meilleur profil…

L’Américain Paul Mabray, fondateur et PDG de Pix, vient de lancer sur le web une version béta de Pix Wine, un moteur de recherche ultra puissant. Son objectif est donc clairement affiché : devenir la première plateforme mondiale pour le vin, avec déjà plus de 250 000 références. Paul Mabray a fondé d’autres sociétés spécialisées dans le numérique et le vin dont WineDirect.com. Mais pour imaginer Pix Wine, il a surtout  observé de près comment fonctionnait la plateforme de films Netflix organisée autour d’une proposition ouverte « je cherche… ». Pix Wine puise donc dans des éléments meta – des informations précises sur les contenus d’une page web – pour faciliter la recherche d’un vin par l’internaute et surtout l’orienter vers celui qui va lui correspondre le mieux. « Nous vous aidons à trouver les vins qui vous remplissent de joie » peut se traduire en français l’accroche sur la page d’accueil de Pix Wine. Chaque vin est donc présenté dans cette première pré-version selon 3 descripteurs : « sa texture, son goût, son histoire », qui préfigurent des profils de vins. L’achat de mots-clés par les opérateurs sera déterminant et la principale source de revenus de Pix Wine, sachant que s’inscrire sur le site est gratuit et qu’il n’y aura pas de publicité pour éviter « un conflit d’intérêts » comme l’affirme Paul Mabray.
La conception de la plateforme s’appuie sur l’intelligence artificielle mais également sur des échanges d’expériences avec des consommateurs et aussi des professionnels des sciences comportementales, des experts en vins et bien sûr, des spécialistes du marketing digital et expérientiel.
Paul Mabray confie que la fondation du site s’est faite selon une approche transversale rompant ainsi avec les codes classiques habituels du vin : « Nous avons surtout cherché l’inspiration ailleurs que dans le vin, sur des plateformes qui relient les utilisateurs à des livres, des podcasts, des films et de la musique. Nous avons parlé aux personnes qui ont créé ces plateformes pour comprendre comment elles ont abordé la découverte d’un produit à longue traîne comme le vin ».
Pix Wine sera bientôt lancée au Royaume-Uni et au Canada. Une version française devrait suivre. 
Les habitudes d’achat en ligne de vins ont beaucoup évolué, particulièrement sous l’effet pandémie, avec une demande croissante de vins découvertes et premium. La question qui se pose désormais, c’est de savoir si les meilleures plateformes sont celles « hyper marketées » avec des profils types ou celles plus « modestes » dans leur offre qui savent combiner facilité numérique et conseil réellement personnalisé, avec par exemple des sommeliers comme sur sommelierparticulier.com ? La réponse est dans la question !

16 novembre 2021

Vignobles infos 58 est en ligne !

Le vin français, une valeur culturelle vraiment internationale

9 novembre 2021

Aux USA, la diversité vinicole joue en faveur des vins français

Une enquête récente de Wine Opinions effectuée sur la consommation régulière de vin auprès d’un panel de 1500 Américains, montre que si les vins français ne sont pas les premiers des vins importés, ils sont en revanche les premiers plébiscités par les consommateurs de moins de 40 ans. La raison, d’après Wine Opinions, tiendrait dans le fait que les Millenials ont davantage voyagé que leurs aînés, noatmment pour leurs études, et qu’ils sont donc plus ouverts à la diversité vinicole. Rappelons que les Millenials sont nés entre 1981 et 1996, aujourd’hui, ils ont donc entre 40 et 25 ans.

4 novembre 2021

En Alsace, le sucre s’affiche enfin clairement

D’une manière générale, la hiérarchisation et autres classifications des vins sont particulièrement complexes en France : les consommateurs ont souvent beaucoup de mal pour acheter leurs vins par manque de lisibilité. En Alsace, celle-ci atteint des sommets d’incompréhension avec des vins allant du sec au liquoreux, sans compter les « SGN » – sélection de grains nobles – et « VT » – vendanges tardives – affichant des taux de sucre impressionnants.
En 2020, un décret paraissait rendant obligatoire le degré de sucrosité d’un vin d’Alsace. Mais son application sera réellement effective à compter du millésime 2021 pour l’ensemble des metteurs en marché. Pleine de bon sens, cette mesure est née de l’initiative des professionnels afin de faciliter le choix du consommateur en matière de style de vins et de moment de consommation. Un même cépage – et il y en a 7 en Alsace ! – pouvant se trouver vinifié en « sec », « demi-sec », « moelleux » ou « doux », il fallait bien que le client s’y retrouve. Précisons qu’avant cette décision officielle, beaucoup de vignerons avaient déjà pris les devants en rajoutant une astuce graphique sur la contre-étiquette, plaçant le degré de sucrosité du vin sur une échelle graduée par exemple.
Désormais, chaque étiquette devra clairement indiquer ces mentions de manière parfaitement visible et en toutes lettres.
Pendant longtemps – un peu comme à Bordeaux dans les années 1990, avec la pratique de l’élevage en barriques 100% en bois neuf bien « toasté » –,  le sucre a pu gommer l’effet terroir, voire même maquiller des vins par une vinification d’une qualité peu scrupuleuse. Depuis le début des années 2000, un virage radical a été entamé par la plupart des vignerons qui comptent, que ce soit sur le plan de la viticulture, du terroir ou de l’identité des vins. En Alsace, la teneur en sucre des vins est intrinsèquement liée à sa culture vigneronne. Il ne s’agit donc pas de la nier mais de lui redonner toute sa noblesse grâce à des raisins et à des vins très qualitatifs. Lorsque ces deux notions de sucré et d’acidité, fondamentales pour le vin, s’équilibrent parfaitement, la sucrosité n’est jamais un problème mais bien un exhausteur de goût et de typicité. Comme le sont par exemple un grand sauternes ou un grand maury. Ne cachez donc plus ce sucre que le consommateur saura voir parce que le vin le vaudra bien !

2 novembre 2021

En Champagne, une association de bienfaiteurs

Lundi 18 octobre, le groupe Moët Hennessy inaugurait à Oiry, dans la Marne, un imposant bâtiment à l’architecture très contemporaine. Baptisé Robert-Jean de Vogüe – il a dirigé Moët & Chandon de 1930 à 1972 – il abritera un centre de recherche et de développement. Sandrine Sommers, directrice du développement durable de Moët Hennessy a déclaré dans un communiqué que ce nouveau lieu était destiné à réfléchir sur des « solutions innovantes visant à relever les défis du changement climatique et de la perte de la biodiversité ».
Les 4000 mètres carrés accueillent déjà une vingtaine de chercheurs. Quatre domaines spécifiques entrent dans le champ de recherche du centre : la microbiologie et la biotechnologie, la physiologie des plantes, l’ingénierie des processus, l’analyse sensorielle et la formulation. Le travail produit devra bien sûr profiter à l’ensemble des 25 maisons de vins et spiritueux du groupe dont Ruinart, Moët & Chandon, Dom Pérignon, Veuve Clicquot. Mais le fait que le comité interprofessionnel de la Champagne, l’Inra et le CNRS soient partenaires du projet, laisse espérer une « théorie du ruissellement » de cette recherche pour l’ensemble de la filière.
Le tout premier programme poursuit une démarche entamée par le groupe en 2020, appelée « Living Sols Living Together ».
On ne peut que se réjouir d’une telle initiative, à un moment où d’autres grands de ce monde semblent, eux, plutôt hors sol malgré les nombreux signaux d’alerte venus de toute part et pas seulement des collapsologues !

28 octobre 2021

Les vins de Pomerol font mieux que les grands crus classés !

Dans l’arrêté du 20 octobre, le nouveau cahier des charges de l’AOC Pomerol stipule que « le désherbage chimique est interdit. La maîtrise de l’enherbement des parcelles est réalisée uniquement par des moyens mécaniques ou physiques ». Depuis 2008, le désherbage total était déjà interdit pour cette appellation. Sans faire de distinction de vin, à forte notoriété ou non, Pomerol est donc la première AOC à interdire le désherbage chimique sur la totalité de son aire d’appellation. D’autres l’ont fait comme Pouilly-Fuissé mais en le limitant aux premiers crus. Sur ce point précis, très important dans la conduite d’un vignoble, Pomerol devient leader non seulement à Bordeaux mais en France. Les professionnels qui dirigent les instances de l’appellation sont tous d’accord pour dire que cette mesure a un coût lié au  temps et à la main d’oeuvre puisque le travail de désherbage devient manuel. Mais ils rajoutent aussi que la notoriété de l’appellation et la valorisation des vins permettent aux propriétés de supporter cette charge supplémentaire. En suivant le fil de ce raisonnement, on se dit qu’à Bordeaux comme ailleurs, tous les vins classés en grands crus et premiers crus, auraient dû montrer l’exemple depuis bien longtemps… Mais Pomerol leur a coupé l’herbe sous le pied !

26 octobre 2021

La mobilité pour les cartes de vins aussi ?

Récit d’une petite anecdote qui en dit peut-être long sur des nouvelles habitudes des sommeliers pour une nouvelle génération de tables. Samedi soir, au Culina Hortus, restaurant lyonnais 100% végétarien récemment gratifié d’une étoile Michelin, le sommelier confie que « sa carte des vins est susceptible de bouger tout le temps ». En creusant un peu la discussion, il explique ensuite qu’aucune référence n’est figée dans le marbre, qu’il est très sollicité par beaucoup d’agents lyonnais cherchant évidemment à placer les vins de leurs clients. Mais lui, ce qu’il recherche, ce sont des « petits » nouveaux qui font des vins de plaisir accessibles gustativement et financièrement et qu’on ne trouve pas forcément partout. Sans compter que garder des vins pour les faire vieillir n’est absolument pas dans le concept de ce restaurant.
Ce raisonnement est parfaitement cohérent avec le style de cuisine du Culina Hortus car nous sommes dans un restaurant récemment ouvert, donc sans passé donc sans cave constituée patiemment au fil des millésimes et peut-être même sans cave « physique » où stocker des centaines de bouteilles.
Des tables comme le Culina Hortus, végétariennes ou non, dessinent aujourd’hui partout en France (et même à l’étranger) un nouveau paysage de la restauration et donc forcément de la sommellerie. La nouvelle génération de sommeliers est aussi passionnée que les précédentes mais sans doute bien moins attachée à l’étiquette. Surtout, elle vit avec son temps où la fidélisation commerciale est mise à rude épreuve par toutes sortes d’influences : tendances, modes de consommation, réseaux sociaux, valeurs sociétales…
Aujourd’hui arrive peut-être un temps où ce n’est pas parce qu’on s’appelle X ou Y et qu’on est un vigneron renommé (et très cher !) d’une appellation qu’on a l’assurance de placer ses bouteilles auprès de ces tables actuelles. Et, lorsque les autres tables historiques ou installées auront soit fermé, soit changé de mains et vidé leurs caves – il faut être très solide économiquement pour porter un stock de grandes bouteilles – que deviendront ces domaines ? De quoi peut-être rebattre les cartes !

19 octobre 2021

Beaujolais : qui l’eût (premier) cru ?

Des dix crus du Beaujolais, les AOC Brouilly et Côtes de Brouilly ont engagé un travail de fond pour que l’Inao les classe un jour « Premier Cru ». En 2014, les deux prétendantes au titre avaient lancé un vaste travail géologique visant à caractériser les terroirs et à les identifier en zones distinctes. La grande diversité de sols alliée à l’expérience vigneronne de plusieurs générations permettraient en effet de montrer que certains lieux-dits possèdent des spécificités géologiques, hydrométriques et d’exposition capables de donner des vins très identitaires d’une parcelle à l’autre. Les vignerons du Beaujolais, qui ont entamé ce chantier de classification de longue haleine, s’inspirent des climats de Bourgogne, inscrits en 2015 au patrimoine mondial de l’Unesco. Lorsqu’Henri Jayer, mythique vigneron de Vosne-Romanée, avait acheté la parcelle « Cros-Parentoux », située entre deux parcelles prestigieuses « Richebourg » et « Petits Monts », celle-ci avait été longtemps un champ de topinambours car personne n’en voulait : les autres vignerons la trouvaient ingrate. Nichée en entrée de combe, Henri Jayer savait qu’elle possédait des qualités naturelles exceptionnelles qui donneraient des vins fabuleux. En 2018, un lot de 15 magnums de Cros Parentoux, de 1978 à 2001, s’est vendu 1,16 million CHF !
Tous les espoirs sont donc permis… mais il faudra beaucoup de temps pour que les deux crus du Beaujolais voient aboutir leur demande, si elle aboutit ! Parmi les étapes incontournables, l’obligation de dégustations pendant au moins une décennie pour vérifier et conforter les qualités constantes d’un lieu-dit. Comme l’a précisé Jean-Marc Lafont, président de l’Union des Crus du Beaujolais, « nos vins étaient dans les années 1950-1960 au même niveau de prix que les crus de Bourgogne ». Oui mais voilà, la mode et la mauvaise réputation du Beaujolais Nouveau, décuplées à partir des années 1970-1980, ont fait beaucoup de tort aux crus, sans doute les seuls de France à ne pas capitaliser sur cette qualification de cru. Et, pour enfoncer encore le clou du Beaujolais vin de bistrot et de pétanque, même Jean Troisgros, chef triplement étoilé de la région, déclarait en 1976 : « On ne peut parler bien du Beaujolais qu’en étant ivre » !
Brouilly, Premier Cru du Beaujolais ? Chez un caviste, en entendant Beaujolais, beaucoup de consommateurs font encore la grimace ; en entendant Cru Brouilly, ils commencent à s’intéresser à la bouteille. Et en entendant Brouilly Premier Cru du Beaujolais, que feront-ils ? Mais il reste encore du temps pour que les beaujolais « simples », villages ou nouveaux, continuent leur révolution qualitative entamée il y a quelques années et pour que le niveau qualitatif des crus soit enfin reconnu à sa juste valeur. Les deux extrémités de la hiérarchie beaujolaise pourront alors coexister sans que le premier offense l’autre ou l’inverse !

14 octobre 2021

Merlot l’enchanteur bordelais, bientôt fini ?

Avec le changement climatique, le merlot, naturellement précoce, mûrit de plus en plus tôt dans le Bordelais. Si les raisins sont chargés en sucres, ils perdent en revanche de l’acidité donc de la fraîcheur, donc de l’équilibre et leur potentiel de garde s’en trouve aussi amoindri. Des spécialistes prédisent que Bordeaux pourraît bien connaître le même climat que Séville d’ici 2050 et que le merlot pourrait ne plus être du tout adapté au vignoble. Depuis une décennie déjà, des expérimentations sont menées sur des vignes de l’Institut national de la recherche agronomique, en partenariat avec le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, afin d’analyser le potentiel d’autres cépages, anciens ou étrangers, face à l’évolution du climat. Ainsi, sur la parcelle dite « 52 », ont été plantés 31 cépages rouges et 21 blancs sélectionnés dans les vignobles français, du Sud et du Sud-Est de l’Europe. Les cépages portugais touriga nacional, touriga franca et vinhao semblent donner de bons résultats côté équilbres et typicités. Une autorisation vient d’être  donnée pour tester sur une nouvelle décennie une sélection de ces « cépages d’intérêt à fin d’adaptation ». Les appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur peuvent donc intégrer dans leurs vins des petits pourcentages de 6 variétés de cépages dont le touriga nacional et l’alvarinho, issus de la « Parcelle 52 ». Un changement de culture pour une révolution culturelle ?