ACTUALITÉS

26 juillet 2022

Une consommation de plus en plus qualitative

La nouvelle étude de consommation publiée chaque année par Sowine/Dynata vient tout juste de sortir.
Menée sur un échantillon de 1015 personnes représentatives de la population française, âgées entre 18 et 65 ans, l’étude respecte la méthode des quotas basée sur des critères de sexe, d’âge et de zones géographiques.

Ce qu’il faut retenir de cette édition 2022 ?

Les boissons alcoolisées préférées ?
• La bière : 51% soit +12 points qu’en 2021.
• Le vin tranquille : 49% soit -1 point qu’en 2021.

Bien qu’au coude à coude, la bière devance le vin, une petite révolution culturelle…
L’une des raisons tient sans doute au faible taux d’alcool de la bière en comparaison avec les degrés alcooliques des vins en hausse avec le réchauffement climatique. Heureusement aujourd’hui, beaucoup de domaines agissent tant au vignoble qu’à la cave pour produire des vins davantage autour de 13°/13,5° que 14°/14,5° : cela passe, entre autres, par des ceps enracinés en profondeur, des vendanges moins tardives, une extraction des jus moins longue en vinification.

Où se situent les consommateurs ?
47% s’estiment amateurs éclairés soit +12 points qu’en 2010.
49% s’estiment néophytes soit -15 points qu’en 2010.

Si les Français consomment moins de vins, ils le consomment mieux parce qu’ils s’y intéressent davantage. Et les sources d’informations ne manquent pas, particulièrement sur le web et sur les réseaux sociaux. Outre les blogs et autres sites spécialisés, bon nombre de vignerons ont également leurs propres pages Facebook ou Instagram et montrent en direct leur métier à toutes les étapes de la vigne et du vin. On est bien loin aujourd’hui des images d’Épinal qui résumaient le vin au seul moment festif des vendanges. Sanc compter les nombreuses manifestations autour du vin organisées à peu près partout en France, comme par exemple « Bordeaux Fête le Vin » pour le grand public. 

Quel budget pour acheter une bouteille de vin ?
23% > 20€ contre 6% en 2013.
56% autour de 11-20€ contre 22% en 2013.
18% autour de 5-10€ contre 51% en 2013.
3% moins de 5€ contre 21% en 2013.

Ceci explique cela : lorsqu’on connaît mieux un produit, lorsqu’on sait comment il est fait en termes de savoir-faire, d’investissements et d’engagement, on comprend qu’un produit de qualité a un coût.

Les régions viticoles préférées ?
Pour les connaisseurs experts
• Bordeaux et Bourgogne : 48% soit +5 points qu’en 2021.
• Champagne : 38% soit +3 points qu’en 2021.
• Rhône : 28% soit +2 points qu’en 2021.

     Pour les amateurs éclairés
       • Bordeaux : 48% soit -4 points qu’en 2021.
       • Champagne : 28% soit +3 points qu’en 2021.
       • Bourgogne : 27% soit -5 points qu’en 2021.
       •  Rhône : 24% comme en 2021.

     Pour les néophytes
       • Bordeaux : 40% soit -3 points qu’en 2021.
       • Bourgogne : 23% soit +2 points qu’en 2021.
       • Champagne : 22% soit +5 points qu’en 2021.
       • Alsace : 19% comme en 2021.

Bordeaux garde son statut de première région de France, suivie par la Bourgogne et la Champagne.
L’histoire et les terroirs de ces régions restent des valeurs patrimoniales sûres. Si les grands noms et les crus classés de ces régions, par leur prix devenus exorbitants, restent accessibles à une clientèle restreinte très aisée, la plupart des châteaux historiques forment  le coeur du marché avec un excellent rapport qualité-prix. Nos GFV se situent exactement dans ce coeur de marché plébiscité par les Français.

21 juillet 2022

De la difficulté d’être exigeant

Actuellement 18000 domaines ont le label gouvernemental Haute Valeur Environnementale (HVE). 
La Commission Nationale de la Certification Environnementale (CNCE) propose pour fin 2022 une révision du référentiel pour l’obtention de ce label avec notamment deux points phares : la suppression de la voie B basée sur une approche comptable et la refonte de certains points de la voie A : l’usage des intrants classés CMR (Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques), les indices de fréquences de traitements (IFT) et le respect de la biodiversité.
La filière vin représente 74% des certifiés HVE, ce label concernant l’ensemble de la production agricole.
Lors des débats et du vote de ces propositions au sein des instances de la filière, seule la coopération agricole a voté en faveur de ces évolutions de la certification.
Pour le monde viticole, les discussions restent animées autour de la baisse des fertilisations et de ces fameux IFT et CMR. Concernant ces derniers, la refonte du label viserait à les classer en deux catégories : les CMR 1 interdits par leurs effets avérés et présumés, et les CMR 2  plus ou moins autorisés en fonction de leurs effets suspectés, avec 54 substances actives approuvées au niveau européen pour 281 produits phytopharmaceutiques.
Pour Jean-Jacques Jarjanette, président de l’association pour le développement de la HVE : « La nouvelle version est très ambitieuse et je crains que la marche ne devienne trop haute pour jouer son rôle de certification de l’agriculture conventionnelle. C’est-à-dire 90 % de notre agriculture… » . Il ajoute que cette nouvelle évolution « va sans doute conduire aux mêmes résultats que la bio … Une action marginale qui, faute de consommateurs, va laisser la porte grande ouverte aux importations massives consommées, elles, de plus en plus par les Français soucieux de leur pouvoir d’achat. Les postures politiques, les polémiques et les guerres picrocholines franco-françaises risquent de favoriser encore la délocalisation en court de notre alimentation. »
L’avis de la CNCE, qui reste consultatif, sera étudié en haut lieu par le nouveau ministre de l’Agriculture Marc Fesneau. La réforme du label HVE devrait intervenir le 1ᵉʳ janvier 2023.
Gageons que les choses sont loin d’être réglées tant les pressions sont fortes et le système lourd à faire évoluer. Penser aujourd’hui que le bio reste « une action marginale » laisse assez pantois. Quant aux « Français soucieux de leur pouvoir d’achat », ne peut-on essayer d’imaginer qu’ils sont soucieux aussi de leur santé ? Ce qui nous amène à cette autre question : un produit agricole bon marché doit-il forcément être un produit de mauvaise qualité environnementale ?

 

Nos GFV s’engagent avec leurs labels
Domaines en culture biologique
• Château Beau Soleil
• Château La Croix Taillefer

Domaines en cours de conversion biologique
• André Lorentz et Clos Zisser 

Châteaux certifiés HVE 
• Belgrave
• Cantin
• Cartillon
• Clos Beauregard
• German Marbuzet
• Grand Barrail Lamarzelle Figeac
• La Croix Romane
• La Fortune
• La Motte
• Lestage-Simon
• Moutinot
• Peychaud
• Saint-Pierre de Corbian
• Sergant

 

19 juillet 2022

Ça décoiffe côté bouteille !

Depuis 1960, pour acheter des vins et les transporter, il fallait impérativement que chaque bouteille possède la Marianne réglementaire. La coiffe couvrant chaque bouteille servait, entre autres, pour apposer cette Marianne.
Depuis le 1er juin 2019, cette capsule représentative de droits (CRD) n’est plus obligatoire pour la circulation des vins sur le marché français.
Cette simplification administrative inspire aujourd’hui de plus en plus de domaines, caves et négoces. Certains ont sauté le pas et profité de cette liberté pour supprimer carrément les coiffes et présenter les bouteilles dans leur plus simple appareil de verre.
Premiers à réagir, les vignerons en bio y voient une belle opportunité de communication sur leur engagement pour l’environnement et contre le gaspillage de matériaux non recyclables, ce qui est le cas de la plupart des capsules. Ainsi le négociant tout bio du Languedoc Jacques Frelin Vignobles qui fournit le réseau Biocoop avec plus de 3 millions de bouteilles par an. Autre exemple avec le néo-négoce bordelais tout bio aussi Ethic Drinks.
Les choses bougent donc côté packaging. Surtout si l’on ajoute aussi à ces bouteilles presque nues la question de leur consigne, avec par exemple l’arrivée de nouvelles entreprises comme Oc’Consigne. Ou encore la question de l’étiquette.Cette dernière devient chez certains opérateurs « d’un seul tenant » étiquette et contre-étiquette, fabriquées aussi en fibres de chanvre et de lin. Sans compter enfin la question des mises en cartons des vins avec du carton kraft recyclé et compostable.
Si pour les étiquettes et le packaging, les initiatives sont nombreuses et en marche depuis quelques années déjà, pour les coiffes, il s’agit bien d’une révolution. Elle risque de déstabiliser nombre de fabricants. Et ils sont nombreux vu le nombre de coiffes fabriquées par milliards chaque année pour le monde entier du vin !

11 juillet 2022

Grêle : bilan à ce jour

Au moment où une nouvelle vague caniculaire est annoncée cette semaine pour une dizaine de jours environ, voici un point plus précis sur les différents dommages causés par des orages de grêles entre le 18 et le 28 juin.
Sans vouloir minimiser les dégâts constatés dans les vignes, rappelons toutefois qu’un pourcentage de vignes atteintes par la grêle ne signifie pas qu’il sera identique en termes de récolte et de production. Selon le niveau des blessures constatées sur les baies, ces dernières peuvent se régénérer et poursuivre leur période de croissance et de maturité ou alors tomber et laisser les autres intactes se développer normalement.

 

• ALSACE
Date orage : 26 juin
Dégâts au 5 juillet :
> 25 à 30%.
> Les feuilles sont restées dans leur grande majorité en bon état. Les baies sont déjà en cours de cicatrisation. Les pluies sont restées fines donc bienvenues à un moment où les vignes commençaient à manquer d’eau.
Zones concernées :
Dans le Bas Rhin et le Haut Rhin :
> toutes les communes au nord d’Heiligenstein à Molsheim-Mutzig
> Wettolsheim
> Ingersheim, une partie de Beblenheim et des environs de Colmar.

 

• BORDEAUX 
Date orage : 20 juin (le troisième du mois)
Dégâts au 5 juillet :
> 30% de récolte perdue sur 10 000 hectares.
Zones concernées :
> Nord et Sud du Médoc
> Blaye
> Cubzac
> Nord de Fronsac
> Libournais

 

• BOURGOGNE
Date orage : 22 juin
Dégâts au 5 juillet :
> 40 à 50%
> principalement sur les feuilles, les vignes sont restées plutôt préservées avec des grappes restées sur les ceps.
Zones concernées :
> Chorey-les-Beaune
> Nuits-Saint-Georges
> Gevrey-Chambertin
> Marsannay

 

• MADIRAN
Date orage : 20 juin
Dégâts au 5 juillet : 20 à 100% de grappes atteintes / entre 5 et 30% d’intensité.
Zones concernées :
> les communes de Cadillon, Aurions-Idernes, Arrosès.

 

• VALLÉE DU RHÔNE
Aucun orage dans le vignoble Nord et Sud. Mais des pluies courtes et bienvenues dans les vignes où le stress hydrique demeure pour les vignerons une forte inquiétude.

8 juillet 2022

BIENTÔT EN LIGNE, VIGNOBLES INFOS 61, ÉTÉ 2022

ENTRE CÉPAGES ANCIENS ET CÉPAGES D’AUJOURD’HUI,
QUELS VINS POUR DEMAIN ?

HISTOIRE : une saga franco-américaine
Il y a eu un avant et un après le phylloxéra

DÉBAT : du passé faisons table rase ?Une diversité ampélographique unique

DÉGUSTATION : des cuvées mémoires bien réellesLes vins issus de vignes pré-phylloxériques

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4 juillet 2022

En direct des vignes et du web !

Diego Weber, jeune expert allemand du vin, a créé le podcast « Wein verkauft ! » soit en français « Vin vendu ! », un média digital au service des vignerons de petites structures afin de les aider à mieux positionner leurs vins et leurs prix et donc de mieux les vendre. Avec des compétences à la fois œno-viticoles et marketing du vin, l’idée lui est venue lorsqu’il a vu 25% des petits domaines allemands disparaître entre 2012 et 2015. Non pas à cause de la qualité de leurs vins mais bien à cause d’un mauvais positionnement et d’une mauvaise visibilité auprès des acheteurs professionnels et des particuliers. Beaucoup de ces vignerons étant des jeunes, Diego Weber est parti du postulat que ces derniers écoutaient des podcasts, y compris en travaillant dans leurs vignes. D’où l’idée d’utiliser ce média pour les conseiller et les aider. Les podcasts abordent les questions de stratégie, de logistique, d’écologie, de marques…
Diego Weber  « propose des informations pratiques de marketing, discute avec des vignerons sur les clés de leur succès et sur ce qu’ils ont appris, comment ils ciblent leurs consommateurs, qui leur a servi de modèle… ».
En déclarant vouloir « partager des informations » avec d’autres vignerons qui ont les mêmes interrogations, le jeune Allemand espère ainsi les aider à mieux affronter les défis actuels de la filière. 
Directement inspirés des « podcasts sur l’esprit d’entrepreneuriat », il a déjà bouclé une série de 75 épisodes en allant à la rencontre d’opérateurs et en les interrogeant sur des problématiques au cœur du monde du vin, principalement celles de la transition écologique, où la technique du greenwashing fait des ravages en terme d’image et de commerce. Les épisodes sont déjà disponibles en allemand et en anglais sur les plateformes Apple, Spotify et Instagram. Pour la version française, il faudra sans doute attendre encore. À moins qu’un « Diego Weber » français ait la bonne idée de créer à son tour cet outil digital, au format bien plus intéressant que celui des réseaux sociaux quand il s’agit de véritablement partager des informations et des expériences…

26 juin 2022

Chaleur et orages : le point sur nos vignobles

Parmi les tendances climatiques pour les mois de juin, juillet et août, Météo France annonce pour la moitié Nord de la France métropolitaine des probabilités de températures 50% plus chaud que les normales de saison et pour la moitié Sud 70% plus chaud. Météo France remarque aussi que « la France a subi 7,95 jours par an de vagues de chaleur depuis 2000 et 9,4 jours sur la dernière décennie », alors qu’elle n’en connaissait en moyenne que 1,7 jour par an avant 1989.
Nous venons de mesurer les effets de cette chaleur avec des températures estivales la première quinzaine de mai et un printemps le plus chaud et le plus sec jamais enregistré en France après 1989, 2011 et 1976. Climatiquement, les spécialistes s’accordent pour dire que l’été 2022 a commencé véritablement le 1ᵉʳ juin.
Une vague de chaleur a débuté le 15 juin, particulièrement à l’Est. Mais des records de températures ont été battus avec, entre autres, 43°C à Arcachon!
Conséquence de cette chaleur anormale, la France a enregistré un déficit de pluviométrie de 25 à 50%, particulièrement en Grand Est, dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine, à l’est de PACA et le sud Rhône-Alpes, des régions où on trouve de nombreux vignobles.
En juin, une dégradation orageuse vient de succéder à l’épisode caniculaire : aux alertes vigilance canicule dans de nombreuses régions suivent des alertes vigilance orages s’accompagnant d’inondations et de vents violents.
Une fois devient hélas presque coutume : la France agricole et viticole vit donc avec une épée de Damoclès au-dessus de ses vignobles et de ses champs, alternant la crainte de sécheresses et d’orages.
En ce tout début d’été, faisons un tour d’horizon de nos vignobles et des dégâts causés par les orages successifs de ces dernières semaines.

 

Alsace

Le 4 mai, la région a vu passer une mini-tornade en milieu d’après-midi dans le Bas-Rhin. Mais selon les remontées des professionnels, aucun vignoble n’a été atteint de manière visible et durable .
La nuit dernière, dimanche 26 juin, un épisode majeur de grêle a traversé une zone entre le sud-ouest du Bas-Rhin et Strasbourg. Des grêlons de 1 à 3 centimètres sont tombés autour de Colmar. Il est encore beaucoup trop tôt pour faire une estimation des dégâts causés dans les vignes de cette zone.

Bordeaux

Rive gauche, le 2 juin, plus de 1000 hectares ont été touchés un peu partout par la grêle ; certaines zones avec des pertes de raisins supérieures à 30%.
Le 20 juin, un orage exceptionnel par son ampleur a ravagé les vignes sur une bande d’environ 100 kilomètres de long et 10 kilomètres de large. Au nord du Médoc, les vignes situées au nord du Médoc, comme à Saint-Yzans et à Saint-Seurin de Cadourne, ont été sévèrement touchées sur 100% de leur territoire avec des pertes estimées à ce jour entre 40% et 80%. Pour Saint-Estèphe, on note quelques dégâts moins sévères mais difficilement quantifiables à ce jour.  Au sud du Médoc, les zones autour du Taillan-Médoc ont été aussi sérieusement touchées.
Rive droite, le Libournais rudement frappé aussi a vu Pomerol et Saint-Émilion épargnées par cette déferlante de grêle.

Bourgogne

Le 22 juin, la Côte de Nuits a été frappée sur une zone très localisée de Nuits-Saint-Georges en remontant au nord jusqu’à Gevrey-Chambertin et Brochon.

Madiran

La partie Pyrénées-Atlantiques de l’aire de l’AOC a été aussi sérieusement atteinte par la vague orageuse du lundi 20 juin au soir. Cependant, comme pour le Bordelais, l’orage a sévi sur un couloir assez restreint qui a traversé plusieurs communes, la plus touchée étant Aydie, suivies par Mont-Disse, Aubous, Cadillon, Aurions-Idernes, Arrosés, Maumusson, Viella.

Vallée du Rhône

À l’heure où nous écrivons, épargnée par les orages, la vallée du Rhône septentrionale et méridionale a subi en revanche des pics de chaleur, craignant pour l’instant un stress hydrique des vignes. Mais des pluies abondantes viennent de traverser le vignoble depuis quelques jours, permettant à la plante de se ressourcer en eau. Une vague d’orages est cependant à craindre ce début de semaine.

Ces aléas climatiques n’ont heureusement pas affecté nos vignobles. Nous ne manquerons pas de vous tenir régulièrement informés tout au long de l’été sur l’évolution de cette météo d’ores et déjà hors normes.

22 juin 2022

Fini le temps du bla-bla ?

Pour la deuxième année consécutive, se tenait lundi et mardi à Bordeaux à la Cité du Vin le Symposium Vinexpo « Act for change ». Ce cycle de conférences est suivi aujourd’hui et demain par les « Vinexpo Meetings » dédiés à la commercialisation avec un format restreint de 40 producteurs rencontrant 130 acheteurs professionnels. Le tout s’inscrivant dans un programme professionnel intitulé « Bordeaux Wine Week ». Démarré samedi 18 juin par un week-end Grands Crus, ces événements s’enchaîneront avec le grand rendez-vous festif public « Bordeaux fête le Vin ».
Au cœur de ce cycle de conférences était posée la question environnementale, intrinsèquement liée à celle d’une consommation plus saine et plus en phase aussi avec une cuisine moins carnassière et plus végétarienne.
Il a beaucoup été question « d’authenticité, de bien-être et de durabilité » et, impossible d’en faire l’impasse aujourd’hui, de l’importance et de l’influence des réseaux sociaux. Ce qui a fait dire à Olivier Bernard, participant aux échanges et par ailleurs propriétaire du prestigieux grand cru classé de Graves Domaine de Chevalier : « Je pense qu’avec les réseaux sociaux, il faut de plus en plus dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Le temps du bla-bla est derrière nous ».
Autre intervenant, Pierre Mansour, directeur en Grande Bretagne des achats vins de Wine Society a, lui, beaucoup insisté sur la durabilité et l’authenticité, en soulignant  que : « nous savons qu’au vignoble, les pratiques durables permettent la pure expression du terroir. C’est ce que j’appelle les vins honnêtes, qui expriment l’origine de leur milieu de production », en prenant l’exemple du Beaujolais « où l’on trouve une expression pure du fruité, de la minéralité et une acidité rafraîchissante ».
L’exemple du Beaujolais est loin d’avoir été choisi au hasard tout comme l’expression « vins honnêtes ». Il faut savoir en effet que cette région viticole est devenue, avec les vins de Loire, un fief de « vignerons natures », dont la rhétorique viticole s’appuie sur les notions de « vigne et de vin vivants » pour parler de viticulture et de vinification, « d’infusion » pour parler de fermentation, de « digestibilité » pour parler de goût et de consommation. Quant au terme « honnête », son évocation vise certainement à faire oublier celui beaucoup trop clivant de « nature ». « Honnête » pourrait devenir un élément de langage fort pour mettre en avant tous les autres vignerons, aux pratiques oeno-viticoles HVE, bio et biodynamique.
Le Symposium a ouvert un champ de réflexion passionnant autour de ces deux notions d’honnêteté et d’authenticité. Afin que justement, ces notions ne restent pas qu’éléments de langage, il faudrait les mettre en perspective avec celle de sincérité. L’authenticité parle de preuves (de savoir-faire, d’appellation, de cépage…) ; l’honnêteté de valeurs (écologiques, traditionnelles, entrepreneuriales…) ; la sincérité de sensibilité (signature, émotion, transparence…). Mais ce n’était sans doute pas le lieu.

17 juin 2022

Les œufs ont la cote !

À l’heure où la filière agricole est soumise à rude épreuve sur un plan climatique et environnemental, les professionnels ne se laissent pas abattre et beaucoup cherchent comment combiner écologie, production et rentabilité. L’agro-foresterie et la polyculture sont étudiées de près et mises en œuvre par de plus en plus de vignerons.
À Cadillac en Gironde, Vincent Lataste travaille au Château Lardiley en culture biodynamique. Face aux bouleversements climatiques et à ses conséquences sur la production de vin, ce vigneron a commencé à repenser son domaine en diversifiant son activité. En 2020, il a donc acheté une vingtaine de poules de race gasconne, très qualitative (il en possède 750 aujourd’hui). De l’hiver à la période de débourrement de la vigne, les volailles se promènent sur une dizaine d’hectares de vignes avant de passer sur des terres semées en céréales qui servent à nourrir les poules. Les problèmes de prédateurs ont été quasiment éradiqués. Et pour empêcher les renards de venir croquer les poules, deux ânes pyrénéens ont été placés auprès d’elles !
Aujourd’hui, le château compte 6 poulaillers mobiles qui produisent quotidiennement environ 1000 œufs bio, vendus en circuit court, magasins spécialisés bio et restauration à la recherche de produits goûteux de qualité.
À terme, Vincent Lataste envisage la création de deux emplois à temps plein sur cette partie élevage. Cette démarche de « complexifier le biotope », selon sa propre expression, lui apporte plus de confort en terme de revenus et davantage de sérénité côté vigneron en alliant fertilisation et protection naturelles des vignes.
Certaines expériences, comme celle du Château Lardiley pourraient facilement prêter à sourire… Mais beaucoup ouvrent une voie vers une modélisation de plus grande envergure. Patientons donc.

14 juin 2022

HVE et/ou Bio, l’important c’est d’y aller !

Le label Haute Valeur Environnemental (HVE) a été lancé en 2012 par les instances gouvernementales. Il correspond au niveau le plus élevé de la certification environnementale des exploitations agricoles tous secteurs confondus, maraîcher, arboricole, élevage, viticole, etc.
La certification HVE « garantit que les pratiques agricoles utilisées sur l’ensemble d’une exploitation préservent l’écosystème naturel et réduisent au minimum la pression sur l’environnement (sol, eau, biodiversité…). Il s’agit d’une mention valorisante, prévue par le Code rural et de la pêche maritime, au même titre que « produit de montagne » ou encore « produit à la ferme » ». Pour conserver leur label, les exploitations agricoles sont soumises à une réglementation nationale et sont « auditées au moins une fois tous les dix-huit mois par un organisme agréé par le ministère chargé de l’agriculture ».
Le 8 juin dernier, la CNCE (Commission Nationale de la Certification Environnementale) publiait les derniers chiffres du label HVE : il comptabilise actuellement 18 300 vignobles certifiés soit une hausse de 24% en 6 mois. La viticulture fait figure de tête de pont avec 74% des certifications. Toutefois, elle est en baisse contre 80% en 2021 et 93% en 2018.
Il semblerait que l’un des objectifs gouvernementaux du plan biodiversité 2018 soit atteint avec 6% des agriculteurs et 4% de la surface agricole utile : 15 000 exploitations bénéficieront du label HVE en 2022. L’objectif pour 2030 est de monter à 50 000. Selon l’Insee, la France métropolitaine compte 389 000 exploitations agricoles… c’est peu de dire que la route est encore longue vers une agriculture de plus en plus « verte »… D’ici 2023, la certification doit être révisée, notamment sur le maintien ou non des 2 types de classification A et B, la première s’intéressant aux pratiques environnementales, la seconde tournée vers la gestion comptable comprenant entre autres la part d’achat d’intrants sur le chiffre d’affaires total. Précisons tout de même que le label HVE de type A est le plus répandu ; il s’agirait de supprimer celui de type B.
Dans le secteur de la viticulture, beaucoup d’exploitations se serviraient du label HVE comme d’un tremplin vers le label AB. Mais à ce jour, nous ne disposons pas de chiffres suffisamment solides pour étayer cette affirmation.
Entre les instances gouvernementales et celles indépendantes régissant le label de certification Agriculture Biologique, il est de bon ton d’opposer HVE et AB. Le premier imiterait le second avec des pratiques pas si contraignantes que cela, ce qui reste à prouver au vu du nombre encore très limité d’exploitations se lançant dans la certification.
Dans une guerre beaucoup plus idéologique, la Confédération Paysanne accuse le ministère d’avoir créé un label HVE « bio business » quand réciproquement, l’Association de développement de la HVE l’accuse de vouloir « circonscrire le monopole de la transition agroécologique à la seule certification biologique ».
Bref, rien de nouveau sous le soleil du réchauffement climatique… alors que tout presse pour une augmentation beaucoup plus rapide de la conversion vers des pratiques respectueuses de l’environnement et de la santé. HVE, c’est tout de même beaucoup mieux que le tout conventionnel encore majoritaire dans notre pays. Quant au bio, il donne incontestablement la dynamique vers un changement de paradigme agricole. Sans le bio, le HVE aurait-il vu le jour ?